Auteur : Anne Burg

Faire craquer son corset

 

 

Comme un diable au fond de sa boîte,

le bourgeon s’est tenu caché…

Mais dans sa prison trop étroite

il baille et voudrait respirer.

 

Il entend des chants, des bruits d’ailes,

il a soif de grand jour et d’air…

Il voudrait savoir les nouvelles,

il fait craquer son corset vert.

 

Puis, d’un geste brusque, il déchire

son habit étroit et trop court.

« Enfin, se dit-il, je respire,

je vis, je suis libre…Bonjour ! »

 

Paul Géraldy (1885-1983)

 

Fermer les yeux et écouter

 

B.Righetti : J.S.Bach & G.Liardon, Christ lag in Todesbanden

 

« Au milieu du temps de Carême,

les circonstances actuelles me donnent envie de déjà chanter Pâques et la résurrection, sans attendre.

La mort n’aura pas le dernier mot,

la Vie l’emporte et l’emportera. » 

B.Righetti

 

Enregistré à l’église Saint-François, à Lausanne (Suisse), le 21 mars 2020. » 

Redécouvrir le pouvoir de la vie

 

« C’était en mars 2020 …
Les rues étaient vides, les magasins fermés, les gens ne pouvaient plus sortir.
Mais le printemps ne savait pas,
et les fleurs ont commencé à fleurir,
le soleil brillait, les oiseaux chantaient,
les hirondelles allaient bientôt arriver, le ciel était bleu, le matin arrivait pus tôt.

C’était en mars 2020 …

Les jeunes devaient étudier en ligne, et trouver des occupations à la maison,
les gens ne pouvaient plus faire de shopping, ni aller chez le coiffeur.
Bientôt il n’y aurait plus de place dans les hôpitaux, et les gens continuaient de tomber malades.
Mais le printemps ne savait pas,
le temps d’aller au jardin arrivait, l’herbe verdissait.

C’était en mars 2020 …

Les gens ont été mis en confinement pour protéger les grands-parents, familles et enfants.
Plus de réunion ni repas de fête en famille.
La peur est devenue réelle et les jours se ressemblaient.
Mais le printemps ne savait pas,
les pommiers, cerisiers et autres ont fleuri, les feuilles ont poussé.
Les gens ont commencé à lire, jouer en famille, apprendre une langue,
chantaient sur le balcon en invitant les voisins à faire de même,
ils ont appris une nouvelle langue, être solidaires, et se sont concentrés sur d’autres valeurs.
Les gens ont réalisé l’importance de la santé,
la souffrance de ce monde qui s’était arrêté, de l’économie qui a dégringolé.
Mais le printemps ne savait pas.
Les fleurs ont laissé leur place aux fruits,
les oiseaux ont fait leur nid, les hirondelles étaient arrivées.
Puis le jour de la libération est arrivé,
les gens l’ont appris à la télé, le virus avait perdu,
les gens sont descendus dans la rue,
chantaient, pleuraient, embrassaient leurs voisins, sans masques ni gants.
Et c’est là que l’été est arrivé,
parce que le printemps ne savait pas.
Il a continué à être là malgré tout, malgré le virus, la peur et la mort.
Parce que le printemps ne savait pas,
il a appris aux gens le pouvoir de la vie. »